Les Sœurs d’Estrées

Gabrielle d’Estrées et une de ses soeurs, Ecole de Fontainebleau, 1575 / 1600 (4e quart du XVIe siècle), Louvre

Deux sujets, Gabrielle et sa sœur, nous regardent depuis leur appartement. Dénudées, elles font partie d’une tradition de portraits de femme à leur toilette, peintes typiquement pendant les négociations d’un mariage, et plus tard, avec des thèmes érotique et privé.

Cette œuvre est moins ambigüe. Maîtresse d’Henri IV, Gabrielle tient une bague avec sa main gauche. Cette bague a été donnée à Henri lors de son couronnement, bague symbolisant le lien entre Henri et, très littéralement, sa terre. Pendant la renaissance, les bijoux évoquaient, comme aujourd’hui, des images de la puissance masculine. La bague, avec la reste de la dot royale, était portée par une femme liée à Henri. Les bijoux sont ainsi devenus un symbole de la puissance sexuelle de leur propriétaire, une dissémination.

La virilité d’Henri IV est assurée, mais que dire alors de Gabrielle? En pressant sur son sein droit, la sœur de Gabrielle attire notre attention avec un trope. Ce que Rebecca Zorach appelle le “breast press” lie Gabrielle à une lignée symbolique, celle de la France fertile. Auparavant, les oeuvres de la Renaissance Française utilisaient le sein (ou deux, ou quatre, ou même six) pour décrire la surabondance de la France et sa capacité à nourrir son peuple. Ici, Gabrielle est bien une fille de France, car elle est enceinte de l’enfant du roi.

(Basé sur les idées de Rebecca Zorach, dans Blood, Milk, Ink and Gold)